Des milliers de manifestants
ont défilé samedi en direction du parlement grec, dans le centre
d'Athènes, signe que le remaniement gouvernemental effectué par
le Premier ministre socialiste Georges Papandréou n'a pas calmé
la colère de la population contre le nouveau plan d'austérité.
Espérant apaiser la grogne au sein de sa propre formation,
le Pasok (Parti socialiste), Papandréou a remplacé l'impopulaire
ministre des Finances Georges Papaconstantinou par Evangelos
Venizelos.
Papandréou veut faire adopter un plan d'austérité sur cinq
ans, condition préalable fixée par l'Union européenne et le
Fonds monétaire international (FMI) pour débloquer autour de 120
milliards d'euros d'aide à la Grèce pour l'aider à se financer
jusqu'en 2014.
Le nouveau gouvernement Papandréou devrait remporter mardi
soir un vote de confiance à la Vouli, le parlement, et boucler
ensuite son plan d'austérité, qui prévoit 28 milliards d'euros
de hausse d'impôts et de réductions de dépenses publiques d'ici
2015.
Cinq mille sympathisants de l'organisation communiste PAME
ont manifesté samedi jusqu'à la place Syntagma en scandant des
slogans comme "Les mesures (d'austérité) nous tuent!"
"Qu'est-ce qui a changé avec le remaniement? Rien!",
s'exclamait un étudiant de 22 ans, qui campe sur la place
Syntagma depuis le début du mois. "Nous ne comptons pas partir
de là tant que les mesures n'auront pas été retirées."
Papandréou semble avoir eu raison de la fronde au sein du
Pasok, en incluant dans son nouveau gouvernement certains des
plus ardents détracteurs du plan d'austérité, ce qui risque
d'affaiblir les réformes exigées par Bruxelles et le FMI.
MISE EN GARDE DE JUNCKER
Peu après sa nomination, Venizelos a déclaré qu'il se
rendrait dimanche à Bruxelles pour demander aux bailleurs de
fonds de la Grèce certaines "améliorations (...), au nom de la
justice sociale", en ce qui concerne le plan d'austérité.
Le même jour, les ministres des Finances de la zone euro
doivent s'entendre sur le déblocage d'une tranche d'aide de 12
milliards d'euros, dans le cadre du plan convenu en mai 2010.
"Ils ont gagné du temps jusqu'en septembre", a estimé Howard
Wheeldon, stratège chez BCG Capital Partners à Londres, à propos
des dirigeants grecs.
De son côté, le président de l'eurogroupe Jean-Claude
Juncker, a estimé que les pressions de l'Allemagne pour inclure
les créanciers privés dans le mécanisme d'aide à la Grèce
faisaient augmenter le coût de son sauvetage financier.
"Parce que nous devons rechercher la contribution des
créanciers privés du fait de la politique intérieure allemande,
tout coûtera plus cher", a-t-il dit, cité samedi par le journal
allemand Süddeutsche Zeitung.
"Nous jouons avec le feu", a-t-il dit, ajoutant que dans le
pire des cas, les agences de notation pourraient déclarer la
Grèce en état de banqueroute, ce qui aurait des conséquences
désastreuses pour l'union monétaire, a-t-il expliqué.
"La contagion d'une telle banqueroute pourrait gagner le
Portugal et l'Irlande, et ensuite, à cause de leur dette élevée,
l'Italie et la Belgique, avant même l'Espagne", a-t-il
poursuivi.
Vendredi, les dirigeants allemand et français, en désaccord
depuis un certain temps sur l'implication éventuelle des
créanciers privés, ont privilégié une solution modérée défendue
par Paris et la Banque centrale européenne (BCE).
(