"On a vécu dans le surréalisme total", reconnaît le ministre adjoint de la défense, Panos Beglitis, dans un entretien au Monde. D
es coupes sont annoncées, dans le cadre de la politique d'austérité lancée par le nouveau gouvernement socialiste de Georges Papandréou, à la demande la Commission européenne.Le budget de la défense atteindra 6 milliards d'euros en 2010, en diminution de 6,6% par rapport à 2009. "Nous sommes le ministère le mieux engagé dans l'effort commun pour s'attaquer au déficit", se félicite M. Beglitis.
Rapportées au PIB, les dépenses militaires de la Grèce sont les plus élevées de l'UE et au deuxième rang de l'OTAN, après les Etats-Unis : 5 % de son PIB à la fin des années 1980, et encore 2,8 % aujourd'hui, contre 1,7 % en moyenne dans les autres pays européens de l'OTAN. Le poids du secteur atteint un autre record : les personnels de la défense représentent 2,9% de la population active, contre 1,1% en moyenne dans l'OTAN.
"Avec la Turquie, la Grèce forme le couple archétypique de la course aux armements, explique Jean-Paul Hébert, économiste à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS). Quand l'un des deux pays achète 50 chars, l'autre en commande 60." Les deux pays figurent ainsi parmi les cinq plus gros importateurs d'armements dans le monde en 2008, avec l'Arabie saoudite, les Emirats et l'Inde.
Pour des raisons stratégiques, la Grèce a toujours diversifié ses fournisseurs d'armes - Etats-Unis, Israël, Russie, Allemagne en font partie. La France aussi : les achats de la Grèce dans le domaine de l'aéronautique (Mirage 2000, hélicoptères NH90 et missiles) en ont fait le troisième client de l'industrie de défense française au cours de la décennie écoulée. En 2008, ces livraisons ont atteint 261 millions d'euros.
La Grèce ne va pas jusqu'à abandonner la course. "On rationalise les dépenses mais pas aux dépens de la capacité militaire", précise M. Beglitis. Il rappelle les "provocations turques" depuis l'occupation de la partie nord de Chypre par l'armée turque en 1974 et le fait que la Turquie "viole toujours l'espace aérien grec".
Malgré la crise, des négociations sont en cours, notamment pour l'acquisition de frégates franco-italiennes Fremm (un contrat de 2 milliards d'euros). Mais, fin novembre, lors d'une rencontre avec son homologue français, le ministre de la défense s'était montré prudent sur l'avenir des programmes lancés par le précédent gouvernement. L'achat d'avions Rafale, en particulier, semble remis aux calendes. "A ce stade, dit au Monde le premier ministre, Georges Papandréou, nos problèmes budgétaires rendent difficile d'aborder ces perspectives."
Nathalie Guibert et Marion Van Renterghem



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