À l’appel du Parti communiste, de la gauche radicale et de plusieurs syndicats, une grève générale a été déclenchée, hier, pour dénoncer le véritable démontage social programmé par les autorités sous la pression des marchés financiers.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que le tout nouveau premier ministre grec, le socialiste Georges Papandréou, n’aura pas eu le temps de profiter d’un état de grâce. Au pouvoir depuis le 4 octobre, il doit gérer à la fois le mécontentement des agences de notation financières et de certains syndicats qui estiment, pour des raisons diamétralement opposées, que le super-plan d’austérité dévoilé en début de semaine pour sauver le pays du naufrage financier ne constitue pas un bon plan de sauvetage.
la dette publique caracole à 113 % du PIB !
L’agence Standard & Poor’s a dégradé, mercredi, de A– à BBB+ la note grecque sur la dette du pays, jugeant que les mesures présentées lundi par Georges Papandréou sous la pression des marchés et de ses partenaires européens « ont peu de chance (…) de se traduire par une réduction durable du fardeau de la dette publique », qui caracole à 113 % du PIB. L’agence Fitch avait pris la même décision, le 8 décembre, mettant dans le pays le feu aux poudres. Standard & Poor’s pourrait aller plus loin. L’agence a annoncé qu’elle envisageait de dégrader encore plus la Grèce « si le gouvernement ne peut obtenir le soutien politique suffisant pour mettre en œuvre un programme crédible de consolidation budgétaire à moyen terme ».
Côté syndicats, on affirme que la cure d’austérité est de fait une véritable purge sociale qui ne dit pas son nom. « Soulevez-vous ! Le gouvernement et la ploutocratie sont en train de démanteler la Sécurité sociale », pouvait-on lire mardi sur une banderole déployée sur la façade du ministère des Finances par des militants du Front de lutte syndicale (Pame), proche du Parti communiste grec (KKE).
À l’appel de ce Front de lutte syndicale et du mouvement de la gauche radicale (Syrisa), des milliers de salariés ont participé hier à une journée de grève générale dans tout le pays. Les deux organisations ont été suivies par des fonctionnaires des syndicats indépendants de l’éducation secondaire (Olme). Ils ont manifesté dans le centre d’Athènes en début d’après-midi. La puissante union des journalistes d’Athènes (Esyea) s’est également jointe au mouvement. Les Grecs ont été privés de journaux télévisés et radiophoniques, de journaux nationaux, ainsi que des services de l’agence de presse nationale, l’ANA. « Les nouvelles mesures annoncées par le gouvernement au nom de la lutte contre la crise visent à bouleverser entièrement les acquis sociaux », indique l’Esyea dans un communiqué.
Au total, plus de 60 manifestations devaient se dérouler dans les principales villes du pays. Aucune perturbation dans les transports terrestres ou aériens n’était pour autant attendue. Les deux plus importantes confédérations syndicales, la GSEE (600 000 adhérents) pour le privé et l’Adedy (200 000 membres) pour la fonction publique, n’ont pas souhaité participer à cette grève générale. Elles sont toutes deux dirigées par des socialistes.
« Pour l’instant, les partenaires sociaux se sont montrés très accommodants, mais dès qu’ils sentiront un véritable impact des mesures, cela risque de changer. Car diminuer de 10 % le coût de la fonction publique, cela nécessite des coupes importantes dans les salaires ou dans les effectifs », a souligné à l’AFP un dirigeant d’une banque européenne, sous couvert d’anonymat. « Pour la première fois, il y a un accord social sur le fait que des mesures radicales sont requises, le seul problème c’est que tout le monde n’est pas d’accord sur la nature de ces mesures », a expliqué le politologue Thomas Gerakis, de l’institut de sondage Marc SA.
Le plan pour sortir de la crise
Le plan dit de sortie de crise prévoit la diminution des dépenses de protection sociale, la baisse de 10 % des dépenses de santé, le gel des traitements des fonctionnaires payés plus de 2 000 euros par mois, une réduction des embauches dans la fonction publique en 2010, la taxation des bonus bancaires à hauteur de 90 %, la privatisation d’actifs pour 2,5 milliards d’euros et un renforcement de la lutte contre la fraude fiscale… L’objectif des autorités grecques est d’aboutir à la réduction du déficit public pour l’année 2010, de 4 %. Le déficit actuel est de 12,7 %. « Il nous faut aller immédiatement vers un nouveau contrat social », a expliqué le premier ministre socialiste Georges Papandréou. L’explication de texte du ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble, a été plus limpide : « C’est toujours la population qui paie le prix. »
Damien Roustel
Σάββατο 19 Δεκεμβρίου 2009
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