ποιος ακούει ότι η μια μόνη καμπάνα δεν ακούει παρά έναν ήχο

Δευτέρα 21 Δεκεμβρίου 2009

La Grèce en danger, l'euro menacé!

Du haut de l'Acropole, on voit la Grèce en danger de déstabilisation politique sur fond de crise économique. Georges Papandréou, qui a pris les rênes du pays voici à peine trois mois, a fort à faire pour éviter la faillite.

Une tâche de redressement du pays qui exige force et courage.

- D'abord, Papandréou est tenu de renier les promesses faites lors de la campagne électorale d'augmenter les salaires et les allocations de l'Etat providence. Il lui faut redresser les finances publiques. Le temps presse, les investisseurs se retirent, tandis les créanciers frappent à la porte du ministère des finances en réclamant leur dû: Thyssen-Krupp, par exemple, a construit un navire aux technologies hautement sophistiquées, mais il reste amarré dans le port de Kiel en attendant que les Grecs veuillent bien régler à l'entreprise sa facture de quelque 550 millions d'euros. Dans le domaine de la santé, le gouvernement grec doit à ses fournisseurs de médicaments et de dispositifs médicaux, plusieurs milliards d'euros.

- Il faut ensuite que le nouveau Premier ministre mette en place les mesures de redressement réclamées par l'Union européenne et par le FMI. Papandréou vient de commencer à faire adopter un plan drastique de mesures qui vont rendre encore un peu plus difficile la vie de ses concitoyens, dont le plus grand nombre ne dispose que de revenus modestes: arrêt du recrutement de fonctionnaires, gel des salaires des 60% de fonctionnaires gagnant jusqu'à 2000 euros par mois, réduction des dépenses de sécurité sociale...il est aussi prévu une taxe de 90% sur les bonus des banquiers, ainsi que le gel des dépenses militaires.

- il lui faut également redonner à la Grèce sa crédibilité.Celle-ci est largement entamée depuis que les Européens se sont rendus compte il y ai quelques années que les gouvernements successifs avaient systématiquement triché en communiquant des statistiques trompeuses sur la situation économique et financière. On se souvient que le directeur général d'Eurostat - l'office statistique de l'UE - pourtant non impliqué dans cette tricherie avait fait les frais de ce scandale. Papandréou vient de révéler que le déficit budgétaire, évalué par son prédecesseur Kostas Caramanlis à hauteur de 6,7% du PIB, serait en réalité proche de 13%! Ce qui n'a d'ailleurs pas manqué de provoquer une chute des marchés obligataires. Le ministre des finances vient, quant à lui, d'annoncer la création d'un office statistique réellement indépendant.

- Enfin Papandréou a clairement dit qu'il considérait la crise comme largement provoquée par une corruption endémique contre laquelle il était déterminé à lutter. Déclaration courageuse, et qui ne m'étonne guère de la part de Georges Papandréou que j'ai particulièrement apprécié lorsqu'il était (juste) ministre des Affaires étrangères (poste qu'il cumule à présent avec celui de Premier ministre) dans les années 2002/2004.

Trouver 55 milliards d'euros (c'est ce qui est estimé devoir permettre à la Grèce de faire face à ses dettes les plus importantes) ne sera pas chose facile, d'autant que les grands prêteurs ne semblent pas vouloir faciliter la tâche du nouveau Premier ministre, afin d'éviter les errements du passé.

Un test pour la Grèce, comme pour l'euro et pour l'Europe toute entière.

Certes, on a vu dans le passé des Etats mis en faillite: le Mexique (1982) et surtout l'Argentine (2001). D'ailleurs, on peut légitimement s'interroger sur le rôle du FMI compte tenu des exigences posées vis à vis de l'Argentine dont le peuple a beaucoup souffert de l'impéritie de ses gouvernants,. Mais ici, c'est un pays membre de l'eurozone qui est en difficulté, et chacun se rend compte qu'il est concerné.

La période actuelle est pleine d'enseignements.

- D'une part, elle fait prendre conscience de la vertu de Pacte de stabilité et de croissance, car il est évident qu'un Etat incapable de payer ses dettes et d'emprunter à un coût raisonnable sur les marchés internationaux, met en péril lui-même et tous les autres.

- D'autre part, cette crise nous apporte la confirmation du refus de l'Allemagne de continuer à payer pour les autres. Madame Merkel, avec fermeté, vient de faire savoir à qui voulait l'entendre qu'il n'était pas question de fournir des liquidités européennes, voire du FMI, à la Grèce. Cette dernière devait se corriger elle-même. A noter au demeurant que l'article 125 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE) interdit au budget européen de voler au secours d'un Etat de l'eurozone. (selon cette article en effet, "l'Union ne répond pas des engagements des administrations centrales, des autorités régionales ou locales ou d'autres organismes ou entreprises publics d'un Etat membre, ni ne les prend à sa charge".)

- Enfin et surtout, le cas de la Grèce dépasse la question de la bonne gestion économique et financière qui s'impose à tous les membres de l'UE, et plus particulièrement aux Etats de l'eurozone. C'est la question de la gouvernance politique qui est posée, et de façon extrêmement sérieuse.

L'Europe, c'est le marché commun, c'est aussi la démocratie fondée sur des valeurs communes entre tous les Etats membres.

Or voici un Etat, base de l'édifice de la démocratie occidentale, dont les piliers tremblent sur leurs fondements en raison d'une gouvernance jusque là trop faible et d'une corruption qui dérobe aux citoyens leurs droits.

Papandreou en est conscient. Il sait bien que cette situation conduit les jeunes au désespoir. Il sait bien que la société grecque est aujourd'hui déséquilibrée, avec une classe de quelques uns qui concentrent entre leurs mains la richesse, un cinquième de la population en dessous du seuil de pauvreté (moins de 4000 euros par an) et une classe moyenne dont les revenus diminuent et qui se paupérise, tandis qu'un nombre croissant de jeunes diplômés est confronté au chomage.

La Grèce n'est pas l'autre. Ce qu'elle connaît aujourd'hui, tout autre Etat européen peut le connaître demain. Au demeurant, comme en Grèce, des signes avant-coureurs révèlent déjà un appauvrissement de la classe moyenne dans la plupart des pays dont les dettes sont devenues de plus en plus difficiles à gérer. Ce n'est pas en renonçant en effet aux systèmes de protection sociale et aux services publics particulièrement indispensables dans la santé et l'éducation que l'on fera progresser la société.

Si les nouvelles institutions communautaires ont une réflexion à mener et des actions à envisager, c'est bien à propos de la situation actuelle de la Grèce qu'elles doivent le faire. Sa situation fragilise l'euro, mais elle fragilise aussi la démocratie.

par Noëlle Lenoir

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